Avis Midas HD96-AIR IP : Test Terrain d’un Ingé Son

Après plusieurs mois d’utilisation intensive, voici mon retour franc sur la console Midas HD96-AIR IP. Pas de blabla marketing, du vécu.

Design et construction

La console est massive, mais c’est du solide. Les faders sont fluides, les pots ont une bonne résistance. Le tout inspire confiance sur un festival sous la pluie.

Interface utilisateur

La courbe d’apprentissage est raide si tu viens d’un autre monde (Digico, Avid). Les écrans sont grands et clairs, mais la logique de navigation demande quelques jours d’adaptation.

Qualité sonore

C’est là que ça fait la différence. Les préamps sont transparents et dynamiques. Le traitement est musical, surtout la section dynamique et les EQ. On sent l’héritage Midas.

Connectivité et réseau

Le gros point fort. La gestion IP (AES67, Dante intégré) est puissante. Le routage est d’une flexibilité folle. Par contre, il faut vraiment savoir ce qu’on fait en réseau audio.

Conclusion

Une console haut de gamme pour ceux qui ont besoin de puissance de traitement et de connectivité réseau avancée. Pas pour les débutants, un outil pro qui assume sa complexité.MIDAS HD96-AIR IP : Console Mixage Haute Définition IP

Retour terrain : cas d’usage réels

En tournée / festival

  • Résistance aux éléments : J’ai pris des averses sur des festivals d’été. La console a tenu le coup, mais la housse de pluie est obligatoire. La ventilation est robuste, même avec de la poussière.
  • Transport : Son poids et son volume sont son pire ennemi. Compter un fly-case dédié et lourd. Vérifier les accès backline et les dimensions des ascenseurs en salle.
  • Soundcheck rapide : Une fois le showfile maîtrisé, le recall est ultra-rapide. La section de « snapshots » paramétrables est un atout fou pour enchainer les groupes.
  • Changement de plateau : La possibilité de tout router en IP/Dante permet de basculer d’une stagebox à l’autre ou d’intégrer des sources distantes (scène B, régie TV) sans refaire le patching physique.

En studio / post-production

  • Latence : En monitoring via la console, elle est négligeable. En revanche, en l’utilisant comme interface pour une DAW via Dante, bien configurer le buffer réseau pour éviter les surprises.
  • Routing complexe : C’est son terrain de jeu. Créer des sous-groupes, des matrices, des sends pré/post pour de l’enregistrement multipiste ou du monitoring complexe se fait intuitivement une fois les concepts assimilés.
  • Recall : Le système de sauvegarde de scène est complet et fiable. Parfait pour reprendre un mix plusieurs mois après, ou pour des séances récurrentes avec le même artiste.
  • Intégration DAW : Le contrôle DAW (Pro Tools, Logic, etc.) via le protocole HUI est basique mais fonctionnel. La vraie force est l’échange audio via Dante/AES67, transformant la console en noeud de routage central.

En broadcast / corporate

  • Redondance : Les double blocs d’alimentation (PSU) sont un must. On peut les brancher sur deux phases différentes. La redondance réseau (deux ports séparés) est aussi cruciale pour du live.
  • Dante/AES67 : C’est la norme dans le broadcast. L’intégration native permet de dialoguer sans souci avec les machines de replay, les enregistreurs multitracks et les intercoms du monde TV.
  • Automation : Les « snapshots » permettent d’automatiser les changements de configuration entre les séquences d’un show, les passages pub, ou les changements d’intervenants.
  • Talkback & Communication : Le système de talkback intégré est très complet (cue, TB vers différents bus, déclenchement par pied…). On peut facilement créer des circuits de com complexes avec les intercoms externes via Dante.

Verdict pro : à qui c’est destiné ?

Profils cibles

  • Ingé son FOH tour/festival : Qui a besoin de puissance, de recall fiable et d’une connectivité avancée pour gérer des systèmes complexes ou multi-scènes.
  • Ingé son monitors : Pour la polyvalence des mixes, la gestion des matrices de sortie et la stabilité. La qualité des préamps et des EQ est appréciable au casque.
  • Studio d’enregistrement/post-pro : Cherchant une console hybride pour le monitoring, le summing et le routage central de plusieurs salles via réseau audio.
  • Directeur technique de salle/festival : Pour une installation fixe ou semi-fixe nécessitant une pierre angulaire réseau fiable et évolutive.
  • Prestataire broadcast/corporate : Pour des événements où la redondance, l’intégration IP et l’automation sont critiques.
  • Intermittent polyvalent haut de gamme : Qui travaille sur des productions exigeantes et doit s’adapter à différents environnements (live, studio, broadcast) avec un outil unique et maîtrisé.

Qui devrait passer son tour

  • Le technicien débutant : La complexité, le prix et la puissance sont disproportionnés. Il vaut mieux se former sur des consoles plus courantes et accessibles.
  • Le propriétaire de petite salle/bar : L’investissement ne sera jamais rentabilisé. Une console numérique plus simple et moins chère fera parfaitement l’affaire.
  • L’ingé son « one-man-band » en tournée légère : Le poids, l’encombrement et le temps de mise en place sont rédhibitoires sans équipe.
  • Celui qui déteste configurer un réseau : Si les notions d’IP, de VLAN et de flux multicast te font fuir, cette console perd 70% de son intérêt et deviendra une source de stress.

Checklist technique avant achat ou location

  • Vérifie le nombre exact d’entrées/sorties physiques dont tu as besoin (analogiques, AES, MADI) et compare avec les options de la carte d’extension.
  • Écoute les préamps sur une source dynamique (grosse caisse, voix forte) pour confirmer la transparence et la marge avant clipping.
  • Demande la fiche du DSP : combien de traitements complets (EQ + Dyno) peux-tu charger simultanément sur tous les canaux à 96kHz ?
  • Mesure la latence réelle dans ton setup, surtout si tu utilises des processeurs externes en boucle (insert réseau).
  • Quel est ton protocole réseau audio principal ? Vérifie la licence et les ports disponibles (Dante, AES67, AVB).
  • La console a-t-elle les deux blocs d’alimentation (PSU) redondants ? C’est non-négociable pour du critique.
  • Pèse et mesure le tout (console + fly-case obligatoire). As-tu les moyens logistiques (camion, équipe) pour le déplacer ?
  • Avec quelle stage box Midas ou tierce partie (via Dante/MADI) dois-tu la faire fonctionner ? Compatibilité et câbles assurés ?
  • Compte le nombre de bus AUX, de groupes, de matrices et de canaux de traitement dont tu as besoin pour tes shows les plus lourds.
  • Teste le système de scene recall : sauvegarde/chargement sur clé USB, gestion des safes, rapidité d’exécution.
  • Quelle est la politique de support constructeur ? Temps de réponse ? Réparations en France ou à l’étranger ?
  • Disponibilité des pièces détachées (faders, écrans) en cas de pépin. Délais ?
  • Le firmware est-il stable et à jour ? Lis les retours des utilisateurs sur les derniers updates.
  • As-tu prévu le budget et le temps pour te former toi et ton équipe ? Ce n’est pas une console qu’on prend en main en 2 heures.

Erreurs fréquentes à éviter

  • Gain staging hasardeux : Ne pas calibrer les niveaux entre les préamps, la stagebox (si numérique) et l’entrée de la console. Tu perds en dynamique et tu génères du bruit.
  • Oublier le wordclock : Si tu connectes d’autres équipements numériques (enregistreur, processeurs) via AES ou MADI, définis un maître d’horloge unique. Les pops et clicks guettent.
  • Sous-estimer le poids en tournée : Un fly-case blindé pour la HD96 est extrêmement lourd. Vérifie les charges au sol des camions, les plans de chargement et prévois un palan si besoin.
  • Ne pas tester le recall avant la première date : Charge ton showfile sur la console de location et vérifie TOUT : routages, noms, traitements, snapshots. Une surprise le jour J peut être catastrophique.
  • Négliger la formation de l’équipe locale : Si tu arrives avec ta console en festival, briefe l’équipe tech sur les bases : allumage/extinction, connexions critiques, qui appeler en cas de problème.
  • Bâcler la configuration réseau : Mettre tous les équipements sur le même switch sans VLAN, sans gestion des priorités (QoS). Une tempête de packets multicast peut faire tomber ton réseau audio.
  • Ne pas avoir de plan B : Pas de sauvegarde physique (clé USB) du showfile à jour, pas de fiche de patch imprimée, pas de solution de secours si la console plante (même un petit mixer d’appoint).

Le mot de l’expert

La HD96-AIR IP est une bête de course, conçue pour les ingénieurs qui poussent les systèmes dans leurs retranchements. Si ton quotidien, c’est le routage complexe, l’intégration réseau et une qualité sonore exigeante, elle justifie son prix et sa complexité. Mais c’est un outil de spécialiste, pas une console universelle. Pour 90% des shows, une console plus simple fera aussi bien le job, plus vite et avec moins de stress. Mon conseil : ne l’achetez pas pour son nom ou ses specs, mais seulement si vos besoins techniques l’exigent vraiment.

Le Midas HD96-AIR est l’une des consoles live les plus abouties pour les tournées exigeantes. Notre guide de sélection des consoles numériques en 2026 est indispensable. Pour comparer sur le terrain, notre avis sur la Yamaha DM7 est une autre référence du même niveau. Notre guide de choix selon l’événement vous donnera de précieux repères.

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